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Le vin en amphore : une tendance qui ne date pas d'hier

Et si le contenant le plus moderne pour élever le vin était aussi le plus vieux du monde ? Longtemps reléguée au rang de curiosité archéologique, l'amphore connaît depuis deux décennies un retour spectaculaire dans les chais du monde entier. Simple mode ? Bien plus que cela. Retour sur un contenant ancestral qui répond, étonnamment, à des questions très contemporaines.

Amphores de vin

Qu'est-ce qu'une amphore ?

Le mot vient du grec amphoreus, « que l'on porte des deux côtés ». À l'origine, l'amphore désigne un vase à deux anses, au col resserré, en terre cuite. Un contenant utilisé durant l'Antiquité pour conserver et transporter le vin, mais aussi l'huile, les céréales, et autres denrées capables de supporter un transport de plusieurs semaines dans un tel contenant.

Dans le vocabulaire du vin d'aujourd'hui, le terme s'est élargi à toutes les jarres de terre cuite (ou de grès) servant à faire fermenter et élever le vin, qu'elles portent des anses ou non. Le point commun, et l'essentiel : la matière, une argile cuite, vivante et poreuse, qui laisse le vin respirer.

Ancienne amphore de vin

Quelles sont les origines de l'amphore ?

Pour trouver le berceau de l'amphore, il faut remonter aux confins du Caucase. C'est en Géorgie, il y a environ 8 000 ans, que l'homme a vinifié son premier vin dans une jarre de terre cuite. Cette jarre porte un nom : le qvevri (ou kvevri). Grande jarre d'argile de forme ovoïde, au fond étroit et pointu et à large ouverture, le qvevri reste la pièce maîtresse de la vinification traditionnelle géorgienne.

La méthode est d'une élégante simplicité. L'intérieur de l'amphore est traditionnellement tapissé d'une fine couche de cire d'abeille, qui imperméabilise la terre cuite tout en protégeant le vin. Ces amphores sont ensuite enterrées jusqu'au col dans le sol de la cave, qui agit comme un régulateur thermique naturel : la température reste stable toute l'année, permettant une fermentation régulière sans dispositif technique complexe.

Les Géorgiens n'étaient pas seuls. Les Romains vinifiaient eux aussi dans de grandes jarres de terre cuite, les dolia, d'une contenance d'environ 3 000 litres, enterrées dans les jardins. Cette tradition a perduré par endroits jusqu'au XXe siècle, notamment dans le sud du Portugal. Puis le bois, plus maniable et transportable, l'a peu à peu supplantée. L'amphore semblait condamnée à l'oubli.

Pourquoi l'amphore fait-elle son retour ?

Cela ne vous a pas échappé : depuis les années 1990-2000, l'amphore fait son grand retour. Un retour qu'elle doit beaucoup à une poignée de pionniers du Frioul, en Italie. Des vignerons comme Joško Gravner et Stanko Radikon, lassés de méthodes modernes produisant des blancs au goût interchangeable, se sont tournés vers les techniques traditionnelles de macération – et Gravner est allé jusqu'à importer ses qvevri de Géorgie. Depuis, le mouvement n'a cessé de grandir, porté par la vague des vins nature et des vins orange.

En Géorgie, la méthode n'a jamais disparu et bénéficie même d'une reconnaissance à l'UNESCO. En Italie, la Maison Foradori, dans le Trentin, s'est fait une réputation mondiale en travaillant son cépage teroldego en amphore. En France, le mouvement gagne toutes les régions viticoles, de la Loire au Rhône en passant par la Corse et le Roussillon. La preuve que, parfois, l'avenir du vin se trouve dans son passé le plus lointain.

Vin en amphore en cave

Quel est l'impact d'un élevage en amphore sur le vin ?

Si l'amphore séduit tant certains vignerons, c'est qu'elle offre une troisième voie entre l'inox et le bois. Trois atouts principaux expliquent son succès :

  • La pureté aromatique, d'abord. C'est l'argument roi. Contrairement à la barrique de chêne, l'amphore n'apporte ni goût, ni odeur, ni boisé d'aucune sorte : les vignerons vantent sa capacité à produire des vins d'une grande pureté aromatique. Fini les notes vanillées ou toastées du fût neuf qui peuvent masquer le raisin : place à l'expression nue du cépage et du terroir.
  • La micro-oxygénation, ensuite. C'est là que la porosité entre en jeu. La porosité de la terre cuite offre au vin une oxygénation régulière, comme la barrique de chêne, mais sans lui apporter ni goût, ni boisé. Cette micro-oxygénation lente et continue est essentielle pour assouplir les tanins et stabiliser la couleur, sans les notes de vanille ou de grillé du chêne neuf. Un détail technique élégant : le contrôle de cette porosité dépend de la température de cuisson de l'argile – une cuisson plus élevée réduit la taille des pores, offrant au vigneron un véritable outil de précision.
  • La forme, enfin. Amphore ovoïde comme œuf béton misent sur leur silhouette. La forme ovoïde favorise la mise en suspension naturelle des lies grâce à des mouvements de vortex, sans intervention, ce qui donne plus de finesse au vin. Les lies maintenues en mouvement apportent du gras et de la texture, sans que le vigneron ait besoin de bâtonner.

Vins en amphore - Maison Foradori

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L'amphore a-t-elle des inconvénients ?

Si l'amphore était parfaite, tous les chais l'auraient adoptée. Or elle reste minoritaire, et pour de bonnes raisons.

  • Premier frein : le coût. Une jarre de terre cuite de qualité représente un investissement lourd, bien supérieur à celui d'une barrique, et cette facture finit par se retrouver dans le prix de la bouteille.
  • Deuxième contrainte : la fragilité. Façonnée par un artisan, l'amphore peut se fissurer, fuir, voire se briser – et sa fabrication manuelle induit des variations d'un exemplaire à l'autre.
  • Troisième écueil, et certainement le plus délicat : la maîtrise de l'oxygène. La porosité tant vantée des amphores est à double tranchant. Mal contrôlée, elle vire à l'oxydation excessive qui fatigue le vin. L'élevage en terre cuite réclame donc une surveillance de tous les instants – ouillages fréquents, dégustations régulières – et un vrai savoir-faire.
Cuves béton ovoïdes en cave

Amphores en terre cuite ou œufs béton : quelle différence ?

Si l'amphore, nous l'avons vu, fait aujourd'hui référence à des contenants très différents dans leur forme, le terme est toutefois exclusivement réservé aux contenants en terre cuite. Le qvevri géorgien, la tinaja espagnole ou la dolia romaine en sont de grandes ambassadrices. La terre cuite est obtenue par cuisson d'une argile aux alentours de 1 000 °C, ce qui la rend imperméable aux liquides mais poreuse à l'air. C'est cette porosité qui fait tout son intérêt. À noter, une subtilité de matériau : le grès, cuit vers 1 300 °C, se vitrifie et limite les échanges avec l'air – il convient particulièrement aux blancs et aux rouges délicats.

L'œuf béton (ou cuve ovoïde) est une invention plus récente, née dans les années 2000. Il partage avec l'amphore une forme et une certaine porosité, mais c'est un objet différent. Certains spécialistes contestent d'ailleurs la comparaison : à l'origine, les amphores étaient en terre cuite, le béton étant inconnu de nos ancêtres, et sa porosité n'est pas aussi marquée que celle de l'argile. Ce qui les rapproche, c'est surtout la forme ovoïde et ses effets sur le vin, plus que la matière.

Bref : toute amphore n'est pas un œuf béton, et tout œuf béton n'est pas une amphore. Les puristes de la terre cuite tiennent à la distinction – et ils ont raison sur le fond.

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Pour quels vins l'amphore est-elle faite ?

Contrairement à une idée reçue, l'amphore ne se limite pas à une catégorie de vins. Elle a d'abord fait la gloire des vins orange, dont le berceau historique est d'ailleurs la Géorgie. Mais son champ est bien plus large. Sur les blancs secs, elle préserve une fraîcheur et une tension remarquables, sans le gras parfois lourd du bois. Sur les rouges, elle assouplit les tanins tout en gardant l'éclat du fruit – un atout précieux. Le choix du matériau affine encore le résultat : la terre cuite, plus poreuse, pour les vins sur lesquels on recherche une certaine oxygénation ; le grès, plus fermé, pour préserver l'éclat des blancs et des rouges les plus fins.

Quelques vins d'amphore à découvrir

Envie de passer de la théorie au verre ? Plusieurs cuvées permettent d'explorer le style. Côté Italie, Foradori fait figure de référence absolue, travaillant l'essentiel de sa production en terre cuite. Côté Corse, le Clos Canarelli propose la cuvée Amphora, qui incarne bien cette recherche de pureté. En Géorgie, le domaine Zorah et sa cuvée Karasi offrent un magnifique aperçu du savoir-faire ancestral. Dans le Rhône, la cuvée L de Laurent Combier (Crozes-Hermitage), ne laisse pas indifférent, tandis que la Soufrandière, en Mâconnais, explore l'élevage en œuf ovoïde sur son Saint-Véran La Bonnode.

Bonne dégustation !

Fabrication vin en amphore Karasi - Maison Zorah

Karasi - Zorah

Découvrez les terres d'Arménie avec ce vin rouge profond, riche et gourmand. Karasi est élaboré exclusivement à partir d'Areni, l'un des cépages les plus vieux du monde et également l'un des plus résistants.

Karasi passe 12 mois en amphores traditionnelles enterrées aux 3/4. Le vin rouge passera ensuite 6 mois en bouteille. Il en ressort avec une belle texture soyeuse en bouche, des tanins doux et un joli fruité.

Saint-Veran - la Bonnode Ovoïde - La Soufrandière

Saint-Veran - la Bonnode Ovoïde 2024 - La Soufrandière

Voici un vin blanc 100% Chardonnay, cultivés sur la parcelle "La Bonnode" dans le respect des techniques de biodynamie. Si nous vous la proposons ici, vous vous en doutez, c'est qu'elle est vinifiée en cuve ovoïde béton. Un choix de vinification qui a pour effet de créer une micro-oxygénation naturelle, sans intervention mécanique. Le résultat est tout à fait remarquable : le vin a gagné en complexité aromatique et en volume, tout en conservant une belle tension.

À la dégustation on retiendra ses jolies notes de poire mûre, de fleur blanche, sa salinité, sa minéralité et sa finale persistante. Un vin ciselé, précis, porte-drapeau d'un travail artisanal de grande qualité.

Amphora Rouge - Clos Canarelli

Amphora Rouge - Clos Canarelli

Le Clos Canarelli nous propose ce joli vin rouge corse, de Figari AOC. Niellucciu, Sciaccarellu, Minustellu, ou encore Carcaghjolu, la Maison s'est donné pour mission de réintroduire d'anciens cépages corses. Amphora rouge est vinifiée en amphore, sans sulfites ajoutés. Il est d'ailleurs également certifié Agriculture Biologique et Biodynamie.

À la dégustation on retiendra sa précision, son fruité et ses tanins souples, avec au nez des notes de cerises, épicées et fumées, et en bouche une belle texture soyeuse, longue et fraîche.

Cuvée L - Laurent Combier

Cuvée L - Laurent Combier

Plongez avec nous, tel Picsou dans sa piscine d'argent, dans un bain fruité. Du fruit et encore du fruit dans cette jolie Cuvée L signée Laurent Combier. À la fois gourmand et croquant, ce vin rouge du Rhône, de Crozes-Hermitage AOC, offre une texture absolument soyeuse et délicieuse.

La Syrah délivre tout son fruité notamment grâce à la vinification en cuves ovoïdes destinée à maintenir les lies en suspension.

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